Comment tu vois la vie – Yannick – Strasbourg, France

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Le portrait de Yannick, français, prof d’EPS, un gars chouette. On lui a posé notre questionnaire « Comment tu vois la vie ». Il nous répond.

Comment tu vois la vie - Yannick - Schiltigheim, France - J'ai Une Ouverture - Tour du Monde

Votre prénom ?
Yannick

Votre âge ?
35, non, j’ai 34. Le 15 aout, j’aurais 35.

Où vivez-vous ?
A Strasbourg

A partir de quelle distance quelque chose est loin ?
200 kilomètres. Il faut une notion de voyage avant d’atteindre quelque chose pour que ce soit loin pour moi. Tout dépend du pays. Mais je pensais plus par rapport à chez moi. Chez moi, il faut au moins 200 kilomètres pour que ce soit long. Avec nos moyens de locomotion, etc…

Avec qui vivez-vous ?
Avec ma femme, Ophélie. Ce n’est pas encore ma femme. Mais un certain engagement me fait dire que c’est ma femme.

Quel est votre métier ?
Je suis professeur d’EPS à Schiltigheim en collège.

Combien d’heures travaillez-vous par jour ?
J’ai envie de dire 8. Avec un week-end. Normalement, c’est 20 heures de cours par semaine. Mais je dois être à 50 heures par semaine. Il y a la préparation des cours et les autres activités liées à l’école. Par exemple apprendre à nager aux élèves, une section football qui me conduit à faire des heures supplémentaires. Et je suis coordinateur UNSS ce qui m’amène à organiser les compétitions UNSS des collèges de mon district. J’ai la gestion des mails. La relation avec les parents. Et toutes les activités du collège qui te demandent d’être là de temps en temps.

Que préférez-vous manger ?
Je dirais du fromage. Ca ne serait pas un plat. Mais une petite gourmandise. Un brebis, un chèvre. Des petits crottins, avec une bonne petite baguette et un petit verre de vin rouge. Ce serait parfait. (Il sourit)..

Combien de temps mettez-vous pour aller travailler ?
8 minutes actuellement. En velop ! Donc en vélo. Le velop, c’est une location de vélos annualisée ou à la journée. Mais moi j’ai loué un vélo à l’année. C’est par une association.

Que représente pour vous la mort ?
La peur. La peur de ne plus vivre. C’est un peu con, mais… De ne plus être là, et de me dire « oueh, c’est fini quoi ». Pourquoi ça m’inquiète ? Parce que j’aimerais que la partie de ma vie dure le plus possible avant d’accéder à la mort. C’est quelque chose qui me panique. Oui, c’est une chose à laquelle je pense souvent. Je dirais que c’est occasionnel. Mais ça arrive quand même quelque fois par semaine. Mais je ne peux pas dire au quotidien. Un truc après la mort ? Non, ça ne me parle pas du tout. Non je me dis qu’il n’y a vraiment plus rien. Comme les animaux. Tu te dis « Qu’est-ce que tu veux devenir de plus après ? ». Je n’ai pas l’impression que mon âme va aller quelque part.

Qui est Dieu ?
J’ai tendance à dire que c’est un peu moi. C’est un peu prétentieux. Mais j’ai l’impression que rien ne serait au-dessus de moi. Je suis maître de ma vie. Et je ne me dis pas qu’il y a quelqu’un qui décide pour moi. Il ne peut pas y avoir quelque chose, sinon la vie ne pourrait pas être comme ça. S’il y avait un Dieu qui gérait tout ça, il ne pourrait pas laisser tant de misère, tant de problèmes, et laisser seulement une infime partie de la société heureuse. La plupart des gens la subissent. Et je me dis que ces gens ne la subiraient pas si cela était géré d’une main de maître.
Si j’accepterais que quelqu’un régisse ma vie ? Moi, non, je ne voudrais pas que quelqu’un régisse ma vie. Après une orientation éventuelle, oui, mais je me dis que quand même si il y a un Dieu, c’est qu’il n’est pas bon mécanicien, parce qu’il n’a pas lancé tout le monde sur une bonne voie…

Quelle est la personne qui vous inspire le plus ?
Les personnes qui réfléchissent et qui se posent des questions. Les personnes qui cherchent à changer les choses, qui sont prêtes à être bouleversées un peu…Y a-t-il une personne en particulier qui le représente pour moi ? Non pas vraiment ou ça ne me vient pas. Après, des grandes personnes, il y en a. Mais ce que je j’aime, ce sont les personnes qui se posent des questions, qui ne se disent pas « la vie, c’est comme ça, et on a le temps ». Des personnes qui bougent, qui sont dynamiques.

Quelle est la chose la plus importante dans votre vie ?
(Il réfléchit). Le fait de pouvoir faire ce que j’ai envie de faire. La liberté. Ça pour moi, c’est important. Savoir que je suis maître de ma vie, c’est bien. Si j’ai besoin de maîtriser ma vie ? Oui, c’est ça. C’est un peu carré. Les situations que je ne maîtrise, ça me fait complètement paniquer.

A quel âge est-on vieux ?
A partir du moment où on se dit, où on sent qu’on ne peut plus faire les mêmes choses aussi facilement qu’avant. Donc il n’y aurait pas d’âge déterminé. Après, s’il faut vraiment donner un âge, j’ai l’impression qu’avec l’évolution des gens, ce serait 60 ans. Passés 60 ans, tu peux faire nettement moins de choses. T’es peut-être un peu au bout.

Quel est votre meilleur souvenir en famille ?
Meilleur souvenir en famille… (Il hésite). Quand j’ai vu mes parents fiers de moi. Si je me rappelle d’une occasion en particulier ? C’était rare. Je crois quand j’ai eu le CAPES, ils ont été vraiment heureux, et puis du coup j’étais vraiment content. Oui, quand je suis devenu prof. J’ai compris alors qu’ils étaient fiers de moi.
Rarement, j’ai pu comprendre qu’ils étaient fiers de moi. C’était une recherche.

Comment avez-vous rencontré votre conjoint/conjointe ?
A l’école. (Il rit). Au travail. Mais je travaille à l’école.

Votre genre de musique préféré ?
Mélancolique. On peut dire ce genre-là ? Des musiques douces qui créent l’émotion. Où tu as l’impression que ça sent l’amour.

Croyez-vous en la politique ?
Beh oui ! Le beh, il vient de « oui, j’y crois », mais parfois, je me dis, il y a tellement de choses à faire… Je regrette que cela n’avance pas plus vite que ça.
Pourquoi le « oui » ? Parce que sinon, ce serait l’anarchie totale. J’y crois parce que c’est nécessaire. Car non, ça n’est pas une confiance. Mais il faut avoir ça parce que sinon…
On ne peut pas laisser les gens tous seuls

Comment vivez-vous l’immigration dans votre pays ?
Je l’ai très mal vécu quand j’étais au collège. On m’a dit que j’étais blanc, et qu’il n’y avait que les blancs qui étaient bien. J’étais dans un quartier difficile, où finalement on sentait les minorités. C’était la peur du Magrébin, etc… C’est lui le mauvais… Un sentiment de combat. Mais parce que c’était une guerre de clans, et que de toute façon, tu n’avais pas le choix, il fallait être dans ton clan. En gros, c’était ça. J’avais une vision restreinte de l’immigration dictée uniquement par le contexte local difficile. Donc immigration subie.

Et puis finalement, l’ouverture, la réflexion, les études…On m’avait mis le mauvais en avant. On m’a dit « c’est mauvais ». Le fait d’y réfléchir, de croiser d’autres personnes, font que tu t’en fais ta propre idée. Donc ça a évolué. Et puis les voyages te montrent que les gens sont différents.

En France, tu ne peux pas vivre avec toutes ces cultures différentes, ça n’est pas possible. Il y a un tel monde. C’est tellement différent. Mais il y a la notion d’acceptation. Et ça, je trouve ça classe. Et puis les voyages te permettent de comprendre comment les autres peuvent réagir, comment ils se retrouvent dans ton pays, et combien cela peut être difficile pour eux. Car ces personnes sont culturellement très éloignées. Elles ne peuvent qu’être en contradiction sur certains points.

Ce serait bien qu’on puisse être ouvert à toutes ces cultures. Même si c’est difficile.
Au départ, on te dit que c’est la faute des autres. Mais le problème il est normal. En fait, c’est juste qu’on est différents. Le Malien qui fait le grain, c’est normal chez lui. C’est super. Tu discutes avec ton voisin, tu es ouvert aux autres. Mais chez nous, il n’est malheureusement pas compris et critiqué… Je suis persuadé qu’un Français qui s’installe à Madagascar ne serait pas compris lui aussi. Parce que le Français serait speed, voudrait tout de suite. Et qu’on se dirait que le Français ne comprend rien à là où il vit.
La clé, c’est l’acceptation. C’est chercher à comprendre pourquoi l’autre pense, vit comme ça.

Quelle est la meilleure invention selon vous ?
(Il hésite longuement). Je dirais les vaccins. De par ma peur de la mort… Les vaccins, c’est quelque chose de bien.
Ca mériterait réflexion cette question…

Qu’est-ce que l’amour ?
Etre heureux. Et s’occuper de quelqu’un. J’ai besoin de savoir qu’elle est bien. J’aimerais pouvoir tout gérer pour qu’elle soit bien. D’où le terme de s’occuper. J’aimerais qu’il ne lui arrive rien, que je sois là. J’aimerais être le bouclier pour qu’elle, elle ait la belle vie.

Quel est votre plus grand rêve ?
Beh moi, j’en n’ai plus beaucoup. Parce que j’ai l’impression d’avoir atteint tout ce que j’avais envie d’avoir. Si ça me rend heureux ? Oui ! Mon plus grand rêve, c’est de rester dans cette vie-là. La vie que j’ai…J’ai rêvé de ça. Maintenant j’y suis.
Mon plus grand rêve, c’est que ça ne s’arrête pas. D’où pas de maladie, tu vois. Si je pouvais éviter le cancer et toutes ces conneries, je kifferais. Mais ce serait ça.
Aujourd’hui je me contente de ce que j’ai. Non, je ne peux pas dire que je me contente. Je suis satisfait ! Je suis heureux de ce que j’ai. Je veux juste que ça continue. Le rêve de l’éternité ? Je sais que ça n’est pas possible. L’immortalité, ce serait quand même un peu ch***. Si tous les gens autour de moi pouvaient avoir l’éternité, alors oui… Mais pas que moi.

Si vous aviez un principe de vie ?
Bats-toi. Lâche rien. Fais tout pour avoir ce que tu veux.
C’est l’histoire de ma vie.

Entretien le 18 Juillet 2014 dans un café à Antsirabe, à Madagascar

Evetmatt Jaiuneouverture

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