Palomino, la plage dans la jungle colombienne

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Palomino en Colombie est un lieu magnifique. Une plage face aux vagues de la mer des Caraïbes, dans laquelle se jettent des rivières prenant leur source dans la Sierra Nevada derrière, les plus hautes montagnes côtières au monde. Des perroquets, des écureuils et des crocodiles mènent jusqu’à la communauté kogi, perdue loin de la plage dans la jungle colombienne.

Couv Palomino

Un peu loin de tout

Après plusieurs heures de route le long des Caraïbes – dans leur version sauvage et moins carte postale -, à bord d’un bus latino classiquement original, nous arrivons à Palomino ». Des locaux flanqués sur leur mobylette attendent touristes et locaux pour les transporter sur le chemin de terre qui mène jusqu’à la plage.

Accompagnés d’une Colombienne que nous avons rencontrée dans le bus, on part à pied. Des petites cahutes posées le long du chemin aux noms évocateurs de « Cristo es Amor » ou « Santa Barbara » » Elles vendent fruits, légumes, biscuits, ou dedos au fromage. C’est calme. Les habitants s’abritent sous les manguiers qui donnent au village une légère odeur d’alcool. Des chemins s’enfoncent vers des files de petites maisons simples et entourées de végétation. Passent quelques touristes, parfois un peu plus. On est dans le style un peu hippie, un peu baroudeur – il faut quand même venir jusqu’à ici -. Et surtout on est dans le style colombien, puisque le week end viennent ici des dizaines de Colombiens de Santa Marta pour profiter d’une plage plus nature.

Nous arrivons dans un hôtel un peu plus reculé, familial, avec quelques cabanons et hamacs. On passera là 10 jours, chaque soir à se faire des barbecues de poisson, a manger les légumes et les fruits d’ici. Un soir devant les matchs bien plats de la sélection colombienne à la Copa America, un autre à parler avec des Grenoblois, des Irlandais, des Colombiens, ou même Roberta le perroquet de la maison qui se plaît à siffler la Cucarracha ou à imiter à l’aube les cris de bébé. On devient copain aussi avec un chien qui ravi de partager le barbecue de poulet avec nous nous suivra pendant toute la semaine.

Neige, vagues, jungle

Palomino est superbe. De chaque côté la plage mène a quelques larges rivières bordées par une végétation tropicale, qui se jettent dans ses vagues. Au fond se dressent les sommets enneigés de la Sierra Nevada. Splendide.

Un matin, nous sommes partis à la rivière la moins connue, la plus lointaine, encaissée dans une pointe de terre. Nous étions seuls,avec quels hérons, assis dans l’eau de la rivière qui se confond avec celle de la mer. Sur la plage rampent des plantes aux fleurs violettes. Les palmiers à la lisière de la jungle et de la plage sont superbes. Nous sommes un peu perdus. Seul le bruit de la mer. Et personne à l’horizon. Il est 6 heures du matin.

De l’autre côté, une rivière un peu plus fréquentée, qui se jette tranquillement dans la mer. La végétation semble asiatique. Les milans et les hérons blancs survolent la rivière. L’eau qui s’evapore tisse un petit voile blanc qui brouille l’horizon.

Un jour, nous sommes partis courir, et derrière une charrette tirée par un âne, nous sommes passés dans une allée bordée d’arbres massifs et centenaires. La lumière rasante sur ce chemin de terre m’a fait penser à la France et à ces chemins cossus qui mènent à une belle ferme.

Monsanto et tourisme font bon ménage

Décidemment…

Nous n’aurons que très rarement trouvé des endroits vierges de pollution humaine. Ici, avant même d’arriver, je parlais dans le bus avec un Colombien un peu âgé et chaleureux, qui chaque jour effectuait 100 kilomètres pour vendre du poisson.

Lui même me disait que depuis 10 ans et l’arrivée d’une agriculture chimique, la plupart des rivières s’étaient asséchées. Nous avons souvent entendu ce constat et cette inquiétude dans la bouche des habitants de Palomino. Em fait le phénomène semble aller très vite. On nous montre encore une rivière encore vive il y a deux ans totalement asséchée aujourd’hui.Ils me parlent aussi de l,explosion des maladies pour les gens qui vivent de l’agriculture…

Nous qui pensions trouver facilement du poisson ici, nous avons plusieurs fois fait le tour de tous les petits pêcheurs du coin. « Rien aujourd’hui ». « Rien aujourd’hui ». Les pêcheurs qui partent sur des petits canots bien frêles sont obligés de partir bien plus au large qu’avant…

A l’agriculture s’adjoint une fois de plus la débilité d’hôtels qui n’a d’équivalent que le prix de ses chambres (un autre exemple abject aux Philippines). Planté sur la plage, l’hôtel Finca Escondida n’a rien trouvé de mieux que planter une pelouse maintenue a grand coups d’arrosage dans une région touchée par la pénurie d’eau. A Finca Escondida les sprinklers tournent à plein régime pour que chaque touriste puisse poser son douillet cul sur l’herbe fraîche.

Evidemment, la mer et les rivières n’étant pas suffisantes pour tremper le dit cul des touristes occidentaux que nous sommes, chaque hôtel s’est doté d’une piscine XXL.

Voilà, je vous conseillerai donc l’Eco Garden Village, notre hôtel, qui est tenu par une famille locale, qui a une pelouse qu’elle laisse brûler, qui n’a pas de piscine mais qui a des sourires et une autre vision de la préservation de leur nature. On peut être touristes mais lutter aussi contre le tourisme pourri.

Me reste quand même cette vision triste d’un kogi bourré a 3 heures de l’après midi. Dans sa toge blanche et avec ses cheveux longs traditionnels, avec des bottes en caoutchouc, lui qui ne parlait que quelques mots d’espagnol me disait des choses incompréhensibles. L’arrivée des technologies, du tourisme ont profondément modifié – comme souvent dans tous les pays que nous avons visités – le mode de vie de cette communauté qui s’est sensiblement appauvrie.

Une journée superbe

La famille de l’hôtel nous a proposé de partir avec eux remonter les rivières et d’en redescendre une sur une bouée. Après deux ou trois heures de marche à s’enfoncer dans la forêt, nous nous posons sur une petite plage longeant la rivière. Turbo, le chien, nous suit.

Et là, toute un petit groupe d’enfants kogi arrivent, intrigués par le spectacle que nous sommes. Tous dans leur toge blanche, les cheveux longs et la peau très mate, ils se montrent mais d’autres se cachent. Ils sourient et nous font le petit spectacle en courant jusqu’au bord de l’eau  pour terminer par un saut périlleux.

On remonte un peu la rivière au dessus de quelques rapides. Là, je me suis senti transporté dans un autre monde, dans un autre temps. La rivière est bordée par une végétation épaisse, des arbres pleureurs, des lianes, et par quelques rochers sur lequels se posent quelques kogis dans l’eau se baignent les enfants, des femmes lavent le linge. Le blanc de leur toge ressort dans ce vert profond. La densité de la forêt crée comme un espace intime et fermé » C,est beau, je suis ailleurs.

Puis, nous partons pour descendre la rivière. Turbo commence à gémir. Il court sur la plage, puis ne parvient plus à avancer, nous voit s’éloigner, et se met à geindre. Turbo va donc passer la journée sur nos bouées à flipper.

Nous naviguons au milieu de cette forêt, tranquillement posées sur nos chambres à air. Premiers rapides et c’est Turbo qui flippé s’appuie sur moi, et me griffe un peu partout. Il est tout stressé le petit.

Des perroquets passent au dessus des arbres dans un vol caractéristique. C’est beau.

Nous nous sommes ensuite arrêtés sur une plage. Turbo en a profité pour récupérer. On s’est mis à pêcher avec juste une bobine de fil. Pour appât, des écrevisses ! Alors on est parti en chercher sous les pierres » Et finalement je me suis bien débrouillé. Des écrevisses, j’en ai trouvées ! Puis je suis parti avec ma bobine, l’eau au niveau des hanches, et paf, un beau poisson.

On a ensuite fait un feu. Des bâtons plantés dans les poissons. Et sur la plage, on a dégusté.

Qu’espérer de mieux, franchement ?

Matt

Evetmatt Jaiuneouverture

Bienvenue sur ce site pétri de nos mains avec un peu de levain, de connexion cyclothymique, et d'amour. Enfants du pays du canard, mariés et Parisiens pendant 7 ans, nous avons quitté femmes et enfants il y a un an pour faire tel Spoutnik le tour de la terre. On n'est pas encore sur orbite, mais on est contents quand même. Et on vous le partage ici ! Eve et Matthieu

7 commentaires

  1. Ouiiiiiiiii !!! On est d’accord !!!! Je vous suis depuis le début de votre voyage et j’espérais que nos routes se croiseraient mais vous arrivez en Colombie bien après mon départ mais… Quel plaisir de vous lire sur ce sujet !! 😀 Vous n’imaginez pas ! Je suis contente que votre voyage continue si joliment. Je me suis moi-même fait piquer mon ordi juste après vous, j’aurais dû être avertie. Bref, merci de me faire revivre ces découvertes spectaculaires!

  2. Que ça donne le goût ! Merci encore.

  3. Les photos sont magnifiques.
    Au delà des images, vous expliquez bien le hors champs que l’on subit très souvent en voyage. Malheureusement, il n’y a que trop peu de gens qui souhaitent y faire attention alors qu’ils n’ont que deux semaines de vacances et qu’elles sont donc sensées être les plus belles de l’année. Je partage votre tristesse et désarroi face à l’absurdité de certaines situations qui paraissent malheureusement inextricables…et cela, un peu partout sur notre planète.
    Pour ma part, plus je m’informe, plus je suis révoltée!

    Bonne route.

  4. Et bien, merci surtout à vous pour votre gentille réponse.
    Je viens de regarder le documentaire, et au final, rien ne m’a étonnée. C’est triste de ne plus être étonnée. Mais pendant notre voyage, nous avons à maintes reprises ressenti ces choses et avons donc souvent pris le parti de ne pas participer, de laisser de côté parce que justement les conditions posaient question. Surtout lorsqu’il s’agit d’entrer dans « l’authenticité »… je déteste ce mot. Aller dans un village « authentique » au Laos ou nord Vietnam par exemple. Nous ne nous sommes jamais senti à l’aise avec cette démarche prise en étau entre voyeurisme et exotisme souvent mal placé, il est difficile de trouver la juste mesure pour un vrai échange.
    Nous avions rencontré un guide au nord du Vietnam qui nous avait dit qu’il ne posait même plus les questions des touristes aux gens de la communauté car c’était toujours les mêmes questions et qu’il n’avait pas envie d’importuner les locaux. Du coup, il parlait de la pluie et du beau temps avec eux et répondait lui même aux touristes car depuis le temps, il avait les réponses. Ne connaissant pas les dialectes, les visiteurs ne peuvent s’en rendre compte.
    Dans le reportage, ils montrent 3 exemples, nous pourrions en ajouter des centaines…et je crois que vous aussi depuis le temps que vous vadrouillez.
    C’est à chacun d’ouvrir les yeux et de sentir ce qui est correct ou non, faut il encore le vouloir. Et c’est un peu pour cela, que finalement, je trouve plus aisé de découvrir de beaux paysages que d’essayer de s’immerger dans une « authenticité » culturelle si l’on a pas beaucoup de temps pour le faire de manière convenable.

    Allez, j’arrête ici mon roman. Profitez quand même de vos derniers mois de périple, c’est toujours un plaisir de vous lire.

  5. Bonsoir
    À quel hôtel êtes vous resté 10 jours à Palomino
    Pour nous c’est dans 3 jours
    Merci de votre réponse

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