Et si on se pointait au siège de Canon Mexique ?

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Comme je l’expliquais dans le précédent article, suite au vol de notre matériel, nous avons enchaîné les galères. Nous avons voulu racheter un appareil photo. Qui manque de bol ne marchait pas. Alors on s’est dit : « Et si on se pointait au siège de Canon ? ».

Et si on se pointait au siège de Canon Mexique - Jaiuneouverture

Contents…deux minutes

Tous contents de notre indemnisation par l’assurance, suite à notre vol, on a donc eu la joie d’un retrait annulé mais débité quand même… et d’un achat d’appareil photo qui ne fonctionnait pas.

Oh rien de bien original, des galères banales, mais quand on le vit à l’autre bout du monde, ça donne ça…

Pour la banque, Eve s’est chargée d’aller parlementer avec la Santander. Mais horrible, elle ne peut rien faire, c’est à notre banque française de s’en charger. Banque française qui nous oblige à faire opposition. Nous n’avons donc plus qu’une carte bancaire. A l’autre bout du monde, c’est le risque et le bonheur de se retrouver sans argent pour se payer à manger, ou dormir dans un hôtel.

Mais pour l’appareil photo… que nous avons acheté après pas mal de recherches à Oaxaca, belle ville coloniale du Mexique…quelle histoire…

Le sens du commerce

– Si nous avons un souci avec l’appareil, nous pouvons revenir et vous nous le changerez ?

– Evidemment, monsieur.

– La garantie est internationale ?

– Oui, oui, bien sûr.

– Pourtant le papier mentionne seulement Mexique, USA et Canada ?

– Oui, mais il vous suffit de vous inscrire sur Internet pour profiter de la garantie. En plus, nous avons une garantie magasin de 6 mois.

Ca c’était le samedi.

Le lundi, quand nous sommes revenus parce que l’autofocus ne marchait pas, d’abord le proprio a pensé qu’on n’y connaissait rien.

Puis à la vue des photos floues, lui ne les voyait pas floues.

Nous avons dû revenir dans l’après-midi.

– Oui, moi je vous change l’appareil photo sans problème, mais c’est à Canon de se décider. Ils ne veulent pas.

– Mais nous avons acheté l’appareil dans votre boutique. Nous traitons donc avec vous.

– Ah non avec Canon.

– Mais alors, nous souhaitons profiter de la garantie internationale.

– Il n’y a pas de garantie internationale.

– Si, si votre employée et votre mère nous l’ont certifié.

Sa mère arrive.

– Ah non, je n’ai jamais dit ça.

Il appelle son employée par téléphone.

– Ah non, je n’ai jamais dit ça.

Je comprends pas

Entre vert et rouge, mon visage ne savait que choisir. Nous étions avec Eve, démontés et hors de nous. Dans la boutique, ce fut un spectacle pour les passants.

Le proprio nous a alors regardés dans les yeux :

– De toute façon, vous payer un appareil photo pour vous, c’est facile ! En combien de temps, vous pouvez vous payer un appareil, vous ? Ca va pour vous, c’est simple.

Rideau.

Sad

Le dépit était sur nos têtes, comme une grosse glace froide fondue à la chantilly. Je n’aime pas la chantilly, je n’aime pas avoir une glace qui me coule sur la tête. Je n’aime pas avoir froid.

C’est pas grand-chose, c’est matériel. On a relativisé. Mais on était quand même les 4 mains dans le cambouis depuis un mois et demi, on avait la contrariété de perdre à chaque fois et le ras le bol de se prendre le chou avec des gars pas cools, qui nous faisaient payer d’être blancs.

Nous avions quelques jours plus tard un rendez-vous avec des amis mexicains à la capitale. Et je crois qu’avec Eve, on était si lassé que nous n’avons même pas réalisé ce que nous faisions.

« On veut parler au PDG de Canon »

On s’est pointé au siège de Canon. Vous vous imaginez, vous avez un problème avec votre machine à laver, et vous allez au siège de Samsung à la Défense à Paris. Genre pour expliquer que vous n’êtes pas tout à fait tout à fait contents.

Et c’est ce qu’on a fait.

Breaking Bed

On est arrivé à 1 heure du matin à Mexico City, ville de 32 millions d’habitants.

Je me suis assis sur le lit, et là, sous mon poids, les pieds se sont cassés. Le sommier était par terre.

Breaking bed

Comme pour me rappeler qu’on continuerait à bien à galérer.

Caleçon, T-shirt, pieds nus, je descends à la réception.

« Oui, les pieds se sont cassés. J’étais tout seul, oui, oui, je vous assure. Je faisais des mots croisés… Non, non rien d’autre, ma femme était en train de se doucher… ».

J’adore.

Le lendemain, nous sommes donc partis à 8 heures du matin, prendre le métro vers la banlieue de Mexico. Nous sommes arrivés dans l’écrin de beauté de la ville la plus polluée du monde.

Highway Mexico

Immenses échangeurs, voies de périphériques qui s’entrelaçaient de façon spatiale, des voies autoroutières aériennes. Un bruit, une pollution, un trafic déments. Le chaos. Nous avons marché deux heures, sur un petit trottoir le long du périphérique, à 1 mètre sur le côté des camions et des voitures qui pétaradaient.

A 11 heures, nous sommes arrivés au siège de Canon Mexique. Une grande tour. Nous nous sommes présentés à la réception. Un gars du SAV nous a reçus. Ce responsable était au courant de notre souci puisqu’il avait été l’interlocuteur du chef de la boutique où nous avions fait notre achat. Pour lui, aucun problème évidemment.

Nous avons insisté. Il nous a parlé d’un réglage à faire. Nous avons donc attendu une heure. Avec les nouveaux réglages, nous avons fait de nouvelles photos. Elles paraissaient mieux, nous étions contents. Puis nous avons demandé à les regarder ensemble sur un ordinateur. Tout était flou.

Nous avons parlementé et fait le pied de grue. Oh on a été gentils, mais je crois qu’on était prêt à pique niquer dans le hall.

Au final, les commerciaux Canon Mexique sont descendus pour négocier ! Vous vous imaginez partir à la Défense au siège de Canon pour aller vous plaindre, et avoir un commercial grand compte qui descend pour vous !? Un gars qui n’est jamais en contact avec le client final, un gars qui seulement vend des stocks à des distributeurs.

Je crois qu’on ne savait plus trop ce qu’on faisait, à vrai dire. On essayait à chaque fois de trouver une solution, et on a fini là.
Et bien, ces gars là sont descendus. Nous avons parlé. Moi, j’étais en pantalon Decathlon, un truc que je porte depuis un an et demi, pas rasé, la touffe aux Jackson Five, en T-Shirt délavé, et ce chef des commerciaux qui avait la trentaine était habillé en costume, petite chemise, chaussures bien cirées. Comme je l’étais à Paris, au boulot.

Ca a été choquant et drôle à la fois. Je me suis vu comme j’étais il y a un et demi. Je me suis vu comme j’étais avant. Et puis, je me suis vu maintenant. Oui, un monde de différence. Là, j’étais moi, mais c’est vrai au milieu de tous ces gens bien fringués, dans cette tour moderne, je ressemblais à moi, mais à rien en même temps. J’étais pouilleux.

Je ne me suis pas empêché de le faire remarquer. J’en ai ri, et ça les a fait rire.

Et finalement la solution proposée par le chef commercial a été de nous reprendre notre caméra, et de nous faire payer seulement la différence avec un autre modèle.

Un commercial nous a donc pris en voiture ! Pour un trajet de 30 minutes, jusqu’à un distributeur agréé de Canon.

Le chef des ventes a appelé le distributeur, s’est arrangé, et nous avons donc un appareil photo neuf, et qui marche !

On est quand même allé se pointer au siège de Canon Mexique… Ca me fait bien rire maintenant…

Matt

Evetmatt Jaiuneouverture

Bienvenue sur ce site pétri de nos mains avec un peu de levain, de connexion cyclothymique, et d'amour. Enfants du pays du canard, mariés et Parisiens pendant 7 ans, nous avons quitté femmes et enfants il y a un an pour faire tel Spoutnik le tour de la terre. On n'est pas encore sur orbite, mais on est contents quand même. Et on vous le partage ici ! Eve et Matthieu

14 commentaires

  1. Comme quoi, la morale de l’histoire c’est qu’il fallait oser et … se battre jusqu’au bout !! 😉

  2. Oh Mazette, quand la poisse s’acharne… Mais heureusement ce sont toujours les grand moments de loose qui nous font rire, même des années après ! Bonne continuation à vous !

  3. on peut dire que c’est « couillu »!!!! well done!

  4. Excellent .. en voyage on ose tellement plus, bon, en même temps, ce n’est pas que vous ayez eu beaucoup d’autres choix vu le discours en magasin.. assez hallucinant ! Mais quand même fallait avoir l’idée et oser y aller !

  5. « Je me suis vu comme j’étais il y a un et demi. Je me suis vu comme j’étais avant. Et puis, je me suis vu maintenant. Oui, un monde de différence. Là, j’étais moi, mais c’est vrai au milieu de tous ces gens bien fringués, dans cette tour moderne, je ressemblais à moi, mais à rien en même temps.  »
    >> Super beau ce passage !

  6. J’ai découvert votre site il y a peu, je rattrape donc vos aventures. C’est un sacré enchaînement tout ce qui vous arrive, malgré cela vous avez l’air de bien gérer!
    Bravo pour la mission Canon, je note pour un prochain voyage! J’aime beaucoup l’histoire, moi qui me prépare à quitter le monde de la finance, ça me parle.
    Bon courage pour la suite! 🙂

  7. Ah !! Mais c’est génial les enfants ! Matthieu, tu es excellent ! Fais donc des nouvelles, des romans..tu as un talent ! Tu nous fais ressentir l’histoire..ou serait-ce parce que je suis la mère de ta femme (LOL mon Eve 😉 !) ? Non, je ne pense pas, tu as vraiment du talent pour transmettre la vie par l’écriture… Je vous aime les amoureux, gros bisous

  8. Au culot ! Bien jouer 🙂
    C’est comme partout en faite, quand on râle, on obtient gain de cause.

  9. Ouais, c’était moi à Paris.
    Un rêve éveillé en somme.
    Le Moi hier n’irait pas au siège de Canon, mais le Moi maintenant n’en à rien à battre et il s’entretient avec le Moi d’hier qui, lui, trouve une solution parce qu’il s’imagine peut être demain…
    Et vous en pensez quoi du boutiquier, le petit frère de l’hôtelier le mari de sa femme et le père de son fiston ?.
    Biz

  10. Eh ben, fallait oser quand même ! Pour la boutique, je me dit qu’il faudrait peut être se mettre à enregistrer les conversations dans ce genre de cas, surtout en Amérique centrale et du sud, j’entends tellement d’histoires dans le genre…

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