On a vu des Indiens à Monument Valley

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Ils avaient des bonnets jaunes et des casquettes, les Indiens à Monument Valley. Ils étaient un peu partout. Dans nos têtes, dans des westerns, cachés derrière ces blocs de pierre, guettant l’arrivée des cow boys. Monument Valley, c’est un endroit qui draîne beaucoup d’imaginaire.

Monument Valley - Couverture

On se les fait les bornes ou pas ?

J’étais déjà venu en Arizona, il y a 3 ans. A retourner par ici, j’avais un rêve, qui se conditionnait à la météo : parvenir à Monument Valley, à l’extrême Est de l’Ouest Américain.

Otmar et moi, nous étions bien partants. Eve et ma mère ne se faisaient pas prier, non plus.

L’entrée dans cette région a été net : un immense pic rocheux au bord de la route, sur des terrains immenses et plats.

Vous savez comment ont été formés les reliefs de la Monument Valley ? Aussi surprenant que cela ne puisse paraître, par l’érosion. Ce n’est pas l’activité volcanique ou un grand big bang lapidaire. En fait, cet ancien plateau du Colorado, recouvert par l’océan, a été si puissamment érodé qu’il a laissé ces amas rocheux disséminés un peu partout !

Parvenus en fin d’après-midi aux abords du parc, nous nous posons dans le froid dans un camping, et apercevons ces formes si singulières se décrocher dans le crépuscule.

Pocahontas c’est fini, les amis

Nous avions bien vérifié : la longueur de notre camping-car étant de 25 pieds, nous avions, d’après le Guide du Routard, la possibilité de nous promener librement au sein du parc.

Partis de bonne heure, nous arrivons à la cahute préfabriquée, qui fait office de barrage. Un Amérindien, vissé sous sa casquette de baseball, lunettes aux verres très épais sur le nez, nous accueille. « 5 dollars par personne et par journée ». A la différence des autres parcs nationaux, ceux gérés par les Amérindiens ne sont inclus pas dans les multipass, et sont facturés à la journée. Sympa.

« Et puis, avec votre camping-car, vous ne pourrez pas entrer dans le parc. Il faudra acheter un tour dans une compagnie ».

Pardon ?

Je suis fumant. Mon ami Navajo est aussi plaisant qu’une salle d’attente chez un dentiste. Je lui signifie que notre guide, pourtant bien renseigné, indique que la longueur de notre camping-car est adéquate. Que neni. C’est le tour organisé, et puis c’est tout.

Il faut le dire ; avec ces jumelles sur le nez, il doit avoir le compas dans l’œil.

On parlemente dans le camping-car, on ne sait pas si on y va. Des voitures arrivent derrière nous. Je veux faire un demi-tour, mais je dois franchir sa barrière. Pour franchir la barrière, il faut payer « 5 dollars par personne par journée ». Il m’agace. Je fais un burn avec notre camping car. Ca sent le caoutchouc.

On se pose un peu plus loin. Dans le guide, les tours sont affichés à des prix déments. 300 dollars pour 4 pour une heure…

Je ne suis plus fumant, je bous. Bon, nous avons fait 400 bornes pour venir ici. On y va.

Nous repassons devant notre ami Navajo, qui longues vues sur le nez, ne nous reconnaît même pas. On lui paye ses 5 dollars, par personne, par journée. Salut l’ami.

Nous nous parquons devant le Welcome Center de Monument Valley. Boutique attrape-touriste, centre d’information, voici un endroit où nous pourrons glaner des informations, et revoir peut-être avec de vrais yeux la longueur critique de notre bas de caisse.

Nous nous pointons devant une officière, amérindienne, gardienne de la paix de ces lieux visiblement calmes. Chemise bleue, insigne sur la poitrine, épaulettes. Elle semble aussi affable qu’un seau en plastique.

Eve lui demande si nous pouvons marcher, nager, voler,  prendre notre camping car pour visiter le parc. Non, compagnie privée et puis c’est tout.

Dans un mouvement de connaissance et une aspiration altruiste, Eve s’interroge alors auprès de cette dame sur les tarifs un tantinet élevés de Monument Valley.

Les énormes robinets de sa rancœur furent alors ouverts : « Le gouvernement fédéral nous impose d’incroyables taxes ! Ici, nous avons les taxes du parc, de la région, de l’Etat ».

Elle me faisait penser à moi, cette dame. Elle était fumante.

Eve a laissé le torrent de mauvaise confiture s’écouler, et nous sommes repartis sur le parking.

Le paradis des arnaques 

Il y avait une cahute bleue, des guides qui tenaient des chemises en plastique. « Nous vous proposons ce tour de 1 heure à 75 dollars par personne. Ou celui-ci de 2 heures à 80 dollars. Vous êtes à l’arrière dans une grande jeep, à l’extérieur, et pourrez ainsi profiter des vues sur le parc ».

Bien sûr ! Il fait – 48 degrés, je vais m’éclater !

Je ne fumais plus, je ne bouillais plus, j’étais nucléaire.

Otmar, très bon, restait posté un peu plus loin. « Tu veux que je paye 80 dollars pour faire un tour de voiture. Tu rêves. Pas possible ».

Nos amis indiens ont alors compris qu’il s’imposait de passer le plat à la voisine. Nous étions touristes de seconde zone.

Une jeune fille, cheveux longs noirs et fins, qui ressortaient d’une bonnet jaune, se présenta. « Je peux vous proposer un tour pour 35 dollars par personne, dans ma jeep privée, chauffée ».

Ah, ben,c’est pas mal d’être touriste de seconde zone !

Otmar, toujours à quelques mètres de là, feignant d’avoir mal entendu, répéta la somme de 30 dollars par personne. L’affaire était entendue. Et quel plaisir !

Un tour, avec Jessica, Navajo 

Nous sommes donc partis avec Jessica, Navajo de son état, mais dont le prénom faisait plus penser à Melrose Place. Sympa, affable, prolixe.

On a pu parler des Indiens, des traditions, des contes, des histoires. De l’habitat, des cérémonies, de la vie aujourd’hui des « Native American ».

Sa famille vivait d’ailleurs, comme d’autres familles encore, dans le parc. Ils sont éleveurs et habitaient des huttes traditionnelles faites de bois, et recouvertes de terre.

Un endroit de rêves

Nous avons circulé dans ses formes géantes et si singulières. La lumière était franche, l’air était froid, et les couleurs des roches ressortaient particulièrement. Chacun s’est imaginé la vie d’Indiens, les affrontements avec les cow-boys.

Monument Valley est une terre vide immense d’où émergent des rocs. L’horizon sableux, brumeux, laisse une grande part d’imaginaire. Je les ai vus les Indiens chevauchant, les arcs dans le dos, les plumes sur la tête.

Cet endroit est magnifique et inspirant.

Nous avons bu du thé navajo, croisé des chiens sauvages et des écureuils minuscules. On a humé le calumet de la paix, une cigarette aux herbes indiennes si parfumée.

Puis, avant de partir de Monument Valley, on a déjeuné au loin, scrutant ces murs originaux. Nous étions là où Forrest Gump s’arrête de courir.

Matthieu

Le 30 décembre 2014

Evetmatt Jaiuneouverture

Bienvenue sur ce site pétri de nos mains avec un peu de levain, de connexion cyclothymique, et d'amour. Enfants du pays du canard, mariés et Parisiens pendant 7 ans, nous avons quitté femmes et enfants il y a un an pour faire tel Spoutnik le tour de la terre. On n'est pas encore sur orbite, mais on est contents quand même. Et on vous le partage ici ! Eve et Matthieu

5 commentaires

  1. Heureusement le moteur du camping-car a démarré grâce à la clef de contact ! et nous avons pu avoir ce fameux déjeuner.chez les vrais cow-boys 🙂

  2. Que de beaux souvenirs! Découvrir de tels horizons en famille et nous les faire partager… une chance et de la générosité. Merci Mathieu.

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